Choisir sa transe et installer sa vigie (workshop ou individuel)

De nombreux coureurs de fond connaissent cet état dans lequel la répétition (du mouvement, du son des pieds sur le sol, d’une respiration particulière) et les endorphines (sorte de morphine fabriquée par le corps) entraînent une sensation de bien-être, de plaisir, voire d’euphorie, ainsi qu’une mise à l’écart de la rationalisation (par exemple, ils ne pensent pas à s’arrêter raisonnablement, à temps, pour prendre soin d’une cheville fragile en rééducation).

Dans les pratiques kinky, les témoignages sur les effets modifiés de conscience (« spaces ») sont également légion.

Pourtant, peu de pratiquants connaissent le champ de leurs transes et beaucoup se contentent de glisser dans leur vague habituelle, sans se poser la question du choix de l’état dans lequel vivre l’instant et des façons d’y entrer.

Plus étonnant encore, la mise en place d’une « vigie », sorte d’instance intérieure protectrice qui prévient lorsqu’une limite est atteinte, semble secondaire. Beaucoup en parlent de façon floue. Peu la conscientisent et la travaillent.

Or, la connexion forte avec un partenaire et les pratiques mettant en jeu le corps amènent naturellement à des états modifiés de conscience, certains très profonds, mêlant de façons diverses extase voluptueuse, ravissement, arrêt des pensées, distorsion temporelle, impression d’être transporté hors de soi, flottement, dédoublement (« je » est à la fois là et ailleurs, les actions ne sont plus vécues comme miennes), vécu d’une division ou multiplication de personnalités, monde de pures sensations et d’émotions, perte du « je » (ce que je reconnais comme étant « moi »), oubli de l’environnement, abandon des repères, perte de contrôle et de la faculté de raisonnement, amnésie, analgésie, évasion profonde, impression de planer, hébétude ou au contraire acuité extrême, dissolution des barrières (morales, physiques, psychiques), déconnexion du monde partagé…

La transe est provoquée, entre autres (je ne parlerai pas ici des pratiques BDSM sur lesquelles les spécialistes discourent bien mieux que moi, voir par exemple le dictionnaire de Gala Fur, qui définit le « space » du top comme un état de concentration extrême et de contrôle absolu et le subspace du bottom, comme un  état de flottement au moment du lâcher prise), par le rituel, la connexion avec un partenaire, les endorphines (qui ont des propriétés de « stupéfiants », amenant à la stupéfaction et qui sont également efficaces par placebo), mais aussi par des ancrages: des rappels d’états passés par l’intermédiaire d’éléments récurrents, comme le contact du tatami, le son du frottement de la corde, l’odeur d’une huile essentielle, le regard singulier du début de séance…, qui enclenchent automatiquement l’état amené par le souvenir.

Il est possible de « piloter » nos réactions à ces stimuli de façon à choisir les « réponses » du corps et du psychisme, de moduler un état (« changer de voie », jouer avec des potentiomètres internes), de se mettre en condition pour vivre une expérience pétillante ou une autre en plongée ou une autre sur le fil ou une autre…

Il est possible d’ancrer volontairement en soi-même un état de façon à le retrouver facilement et rapidement plus tard, comme cela se fait involontairement avec les ancrages naturels.

Et il est possible de mettre en place volontairement les conditions de respect des limites envers soi et envers l’autre par l’élaboration d’une vigie, qui veille ensuite sans que l’on y pense et se manifeste comme un réveil suffisant, lorsqu’il est nécessaire de prendre du recul et une bouffée d’air ou simplement de se poser des questions, à soi-même ou à son partenaire.

Le « space » est un état dissocié. Autant connaitre les parties intérieures qui sont en jeu et en faire des alliées d’autonomie, de plaisir et aussi de sécurité!

Une fois établies la vigie et la possibilité de choix, le champ des possibles est infini. Certains se sentiront libres de laisser leur partenaire mener l’évolution de leur état après avoir posé les balises du « good trip » en eux, d’autres chercheront à explorer des états inhabituels, d’autres encore transformeront leur « humeur » en état modifié de conscience en l’amplifiant, d’autres retrouveront un état passé et l’approfondiront, d’autres modéliseront l’état d’une personne ou d’un animal (prenant ce qu’ils perçoivent de son état par l’observation, la discussion, la lecture… comme modèle), d’autres… inventeront 🙂

Voilà ce que je développe en workshop et en session privée sur ce thème.

© Ysel

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Image: Alexander Yakovlev